LES MALGRES NOUS D’URSCHENHEIM

Le dernier conflit mondial débute par une défaite militaire rapide de la France, qui conduit à la signature d’un armistice le 22 juin 1940 à Rethondes. Les départements du Haut-Rhin, Bas-Rhin et de la Moselle sont annexées de fait à l’Allemagne. Les nazis entament immédiatement « la mise au pas » de la population, afin de l’intégrer dans les meilleurs délais au IIIème Reich.

En 1940,  la loi allemande considère les Alsaciens comme ressortissants allemands (Staatsangehörigen - Volksdeutsche) appartenant à la communauté de protection du Reich. Seuls les citoyens du Reich (Reichsbürger) sont des Allemands à part entière avec les droits et devoirs attachés à cette qualité, notamment les obligations militaires (Wehrpflicht). La distinction entre Volksdeutschte et Reichsbürger demeure, dans un premier temps, fondamentale pour les Alsaciens, car elle évite ainsi le service armée dans la Wehrmacht, et le service du travail du Reich (RAD) préalable à toute incorporation en Allemagne.

Mais l’extension de la guerre, avec des besoins humains grandissants, conduira l’occupant à accélérer la germanisation de l’Alsace, du moins dans sa forme. Cette politique débute par l’instauration du service du travail du Reich (RAD) en 1941, et dès l’année suivante le service armée, en opposition avec toutes les lois, conventions et coutumes de la guerre.


Le RAD (Reichsarbeitsdienst)

Les nazis utilisent le RAD dans un esprit idéologique en considérant le travail, au même titre que l’armée, comme l’un des fondements du Reich. Toutes les classes sociales, hommes et femmes, passent par cette école du travail et participent à la construction d’autoroutes, aux travaux d’intérêt général et agricoles. Mais très vite, avec l’intensification des combats, il deviendra un parfait auxiliaire de l’armée dans la construction d’ouvrages à vocation militaire.

Au total, le RAD touchera en Alsace les classes d’âge masculines de 1920 à 1927, et partiellement 1928,  ainsi que les quatre classes d’âges féminines de 1923 à 1926, dont certaines que partiellement à l’exemple des jeunes filles nées en 1925. Ce service s’accomplit à l’intérieur du Reich. Tout d’abord d’une durée de 6 mois, le  RAD se réduira progressivement en raison de l’accroissement des besoins humains de la Wehrmacht sur les différents fronts.


L’incorporation de force

Bien que le RAD ressort comme une antichambre de la Wehrmacht, les personnes mobilisées dans le cadre de ce service manient la pelle et non le fusil. En outre, selon le droit international, les Alsaciens possèdent toujours la nationalité française, et leur mobilisation dans une armée ennemie demeure juridiquement impossible.

Le 25 août 1942 restera à jamais une date frappée d’infamie en Alsace.

Ce jour-là une ordonnance stipule que « les hommes appartenant au peuple allemand en Alsace et faisant partie des classes qui seront ultérieurement indiquées par un règlement spécial, sont soumis au service militaire obligatoire dans la Wehrmacht ».

Et là, pas plus qu’au moment de l’annexion de fait de l’Alsace, aucune protestation publique du gouvernement français de Vichy !

Au total plus de 130.000 alsaciens et mosellans se verront contraints d’endosser l’uniforme allemand, et en corollaire, 32.000 morts, 10.500 disparus et 32.000 blessés.

Les incorporés de force de notre village

Le  2 juillet 1945, le Capitaine CHASLES commandant le Centre de Libération de Colmar demande au Maire une liste des hommes de la commune d’Urschenheim appelés dans la Wehrmacht sous l’occupation allemande. Ce document nous permet de connaître précisément les noms des incorporés de force de notre village. Cette liste comporte 33 personnes dont 15 n’étaient pas encore rentrées à la date de son établissement.

BELLICAM Clément
BELLICAM Eugène
BELLICAM Jean-Pierre
BELLICAM René
BOLLINGER Camille
BOLLINGER Paul
BOLLINGER Robert
CAJAR René
DECKERT Alfred
DECKERT Paul
FICHTLER Emile
FICHTLER Georges
FICHTLER Justin
GLATZ Ernest
HAUMESSER Alphonse
HECKLEN Georges
HERRSCHER Henri
HUCK Clément
KRETZ René
MULLER Camille
MULLER Georges
MULLER Joseph
MULLER René
REMOND Honoré
REMOND Roger
REMOND René
SCHILLINGER Joseph
SCHREIBER Albert
SPITZ Eugène
SPITZ Jérôme
SPITZ Joseph
SPITZ Paul
TAGLANG Albert

Ceux qui ne reviendrons jamais...



Alfred DECKERT était né le 26 décembre 1924 à Urschenheim de Xavier DECKERT et de Madeleine HUCK. Il a été incorporé dans le Reicharbeitsdient le 22 juin 1943 et dans la Wehrmacht, le 20 décembre 1943. Il est décédé le 2 octobre 1945 à PETROSAWOYSK en Russie (Carélie) dans un camps de prisonnier contrôlé par l’armée Russe. Il avait été admis à l’infirmerie du camps par suite de maladie. D’après une déclaration d’un rapatrié il aurait été emporté encore vivant dans une charrette ramassant les morts et enterré avec ceux-ci. Sa famille n’avait plus eu de nouvelles de sa part depuis janvier 1945.   


Eugène HAUMMESSER était né le 10 octobre 1914 à Urschenheim de Robert HAUMESSER et de Louise HUCK. Il a été porté disparu le 7 mars 1944 à NOUVY-BUG (Ukraine).


Georges MULLER était né le 21 mai 1917 à Urschenheim d’Aloïse SPITZ et de Louise MULLER. Il a été incorporé dans la Wehrmacht le 20 décembre 1943. Il était affecté au 1. Flack Ausb. Bat. Mot 31 stationné à Heiligenbeil en Ost Preusen. La dernière lettre reçue par sa famille était datée du 12 janvier 1945. Il avait quitté son domicile d’Urschenheim pour la dernière fois le 10 juin 1944 lors d’une permission.


Honoré REMOND était né le 5 novembre 1923 à Urschenheim. Il a été incorporé dans le Reicharbeitsdient le 9 avril 1942 et dans la Wehrmacht le 16 janvier 1943. Il était sapeur dans un régiment du Génie stationné à Kremsier. D’après des déclarations données par un rapatrié, Honoré REMOND a déserté l’armée allemande entre le 25 et 30 octobre 1944 près de Cardack en Serbie. Sa dernière lettre adressée à sa famille était datée du 23 août 1944 (feldpostnummer F 42.579)


René REMOND était né le 8 octobre 1919 à Urschenheim de Georges SPITZ et de Jeanne SPITZ. Il a été incorporé dans la Wehrmacht le 11 novembre 1944. Il appartenait au Ausb. Batl. 203 stationné à Berlin Spandau en qualité de grenadier. Il a été grièvement blessé à la tête lors de la retraite de l’armée allemande, mais n’a pu être évacué. Les dernières nouvelles reçues par sa famille remontaient au 7 janvier 1945.


Paul SPITZ était né le 16 juin 1926 à Urschenheim de François Joseph SPITZ et de Valérie SPITZ. Il a été incorporé dans le Reicharbeitsdienst le 28 novembre 1943 et dans la Wehrmacht le 28 mars 1944. Il appartenait au Ersaz Batl. 4.14 stationné à Konotau en qualité de grenadier. La dernière lettre reçue par sa famille était datée du 9 janvier 1945.